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Onze heures et demie

 

Tous les jours, il croisait les mêmes mamans devant l'école et il avait un signe de la main pour certaines, un petit hochement de tête pour d'autres et il y'en avait même une qui avait droit à la bise puisqu'elle était sa voisine et qu'ils se connaissaient bien. Tous les jours au mêmes endroits, les groupes se formaient et lui était quasiment le seul homme à attendre devant cette école, il y'avait celles qui parlaient fort en racontant leurs soirées de la veille, celle qui avait sûrement un début de gastro parce qu'elle ne se sentait pas bien depuis qu'elle était réveillée et s'évertuait à obtenir un contre diagnostique de sa copine à l'aide de gestes et d'onomatopées qui semblaient ne pas être que buccales, il y'avait cette femme qui avait une poussette deux places où trônaient des jumeaux d'environ six mois et qui massait son ventre rond d'où le futur nouveau né ne devrait pas tarder à sortir. L'heure de l'ouverture des portes approchait et les groupes augmentaient au fur et à mesure des arrivées de ces mères, de ces nounous et le volume sonore s'intensifiait en conséquence, lui s'adossait toujours contre le même bout de mur et allumait une cigarette qu'il fumait en laissant ses yeux voyager d'essaim en essaim. Silencieux, il attendait...

« je suis jalouse des mamans que tu croises devant l'école!!! »

un sourire teinté de mélancolie vint redessiner sa bouche. Combien de fois lui avait elle dit, ou envoyé par sms? Et à chaque fois, il lui avait répondu qu'aucune maman n'osait le draguer puisqu'il y'avait écrit en gros sur son front qu'il aimait une femme qui lui rendait si bien. Mais c'était il y a si longtemps déjà...

Avant il croyait lire l'envie et la jalousie des autres dans leurs yeux, tellement l'amour se voyait sur son visage, maintenant il se sentait observé comme celui qui avait tout perdu et qu'on regarde comme un animal blessé dont on attend la fin de l'agonie l'air impuissant et plein de compassion.

Elle attendait devant l'école comme tous les midi que ses enfant sortent pour déjeuner.

Silencieuse, elle regardait et entendait les autres mamans parler de leur soirée de la veille. Elle regardait un des seuls hommes qui était présent au milieu de ces femmes et il semblait comme un coq au milieu d'une basse cour, faisant des compliments aux unes, des remarques teintées d'allusions sexuelles aux autres, et, toutes minaudaient devant cet homme qu'elle trouvait tellement quelconque...Elle s'alluma une cigarette et en rangeant le paquet dans son sac, sentit son téléphone portable à l'intérieur. Elle le cramponna fort dans ses doigts, ferma les yeux un court instant et imagina ressentir les vibrations prévenant de l'arrivée d'un nouveau message.

« je suis sur qu'il y'a des papas qui te draguent devant l'école... alors je leur casserais la gueule... et ceux qui te draguent pas, je leur casserais la gueule aussi pour ne pas se rendre compte à quel point tu es belle!!! »

les portes des deux écoles s'ouvrirent en même temps et chacun d'eux récupéra ses enfants.

Il fallait rentrer pour préparer le repas mais aucun des deux n'avait faim...

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